Apprentissage et Affect, éducation thérapeutique

La question souvent posée par les professionnels du soin porte sur les émotions et les limites de la relation soignant/soigné. « On nous dit à l’école d’infirmières qu’on doit rester professionnel et ne pas montrer nos émotions » nous rappellent de nombreux soignants. Cet enseignement a un effet dévastateur sur les pratiques professionnelles : les infirmières n’osent généralement pas prendre en compte l’expression des émotions de leurs patients. Comment peut-on cacher aux soignants que toute relation de soin est de fait traversée par des affects, les leurs et ceux de leurs patients ? Il n’y a pas d’apprentissage sans affect, il n’y a pas d’éducation thérapeutique possible sans une place réservée à l’expression affective de ce qui se joue dans chaque relation.
Tout apprentissage passe par des affects et ce d’autant plus que chez la personne confrontée à une maladie chronique, il s’agit d’apprentissages expérientiels qui la conduisent à une remise en question de ses valeurs, du sens de sa vie, de son projet de vie. En un mot, le patient est bien souvent confronté à une lutte active contre la mort, non seulement bio clinique mais aussi à toutes les autres morts qui viennent y faire résonance. « Comment vivre », demande le patient, « avec cette maladie ? ». « Comment continuer à me faire accepter dans ma famille ?». « Comment en parler à ma soeur, à mon frère ? ». Il serait vraiment incongru de ne pas entendre à travers ces propos que nous sommes au cœur d’une relation faisant appel à l’univers des affects. Ce type de propos illustre la peur d’être abandonné, d’être rejeté par la famille ou de ne plus savoir comment se faire aimer, être désiré en dépit de sa condition médicale.
Accepter de se lancer dans l’éducation thérapeutique revient donc à redonner aux soignants en formation un accès à leurs affects. C’est important de les aider à lever l’interdit qui leur a été enseignée dans les écoles d’infirmières. Cet interdit avait peut-être une valeur lorsque le soin avait une valeur strictement technique, mais lorsqu’il s’agit d’accompagner un patient en difficultés, de conduire un entretien, travailler sans affect n’est pas possible. En même temps les infirmières nous disent souvent : oui mais si j’ai trop d’affects, vous savez je suis sensible, comment je vais m’en sortir ! Cette observation est si juste qu’elle inaugure en général le processus de formation .On part de cette remarque qui est aussi une crainte, celle d’être envahie par les affects très puissants dans l’univers médical car ils sont en résonance avec des thèmes comme la vie, l’espoir de guérir, la mort, l’échec thérapeutique, les interventions chirurgicales lourdes, les traitements qui désorganisent l’équilibre psychosomatique de la personne .Ce vécu du patient, comment faire pour qu’il puisse l’énoncer non pas à celui qui intervient directement sur le corps ou l’organe – le chirurgien- le prescripteur de la chimiothérapie agressive- mais à un soignant qui occupe un autre rôle dans le dispositif d’accompagnement – dans un espace construit  comme un environnement soutenant, comme une famille substitutive avec des composantes maternelles ,car il s’agit souvent de renaissance, de portage, de participer au maintien en vie et chaque membre de l’équipe médicale y a sa place , le médecin qui déclenche l’intervention ayant dans les fantasmes qui soutiennent la relation patient médecin un rôle important qui précisément nécessite que d’autres rôles soient occupés par les infirmières en éducation et accompagnement thérapeutique.
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