Les recommandations de l’HAS sur l’éducation thérapeutique

Depuis deux semaines, j’étudie les recommandations de la haute autorité de santé sur l’éducation thérapeutique afin de préparer un des contenus de cours du master d’éducation thérapeutique que j’ouvre à la rentrée 2008 à l’université de Rouen . Je lis et relis le guide méthodologique de plus de 100 pages et j’en analyse les contenus un à un , en les mettant en perspective avec les éclairages apportés par les sciences humaines et sociales et les sciences de l’éducation . Je pensais en faire un des fils rouges de mon blog pendant une semaine mais je m’aperçois que cela va me prendre beaucoup plus de temps car le texte fait des recommandations dont certaines représentent une véritable provocation pour des chercheurs . Il va donc me falloir m’expliquer concepts, textes et théories à l’appui .Demander à  des soignants, à des médecins , à des équipes de suivre des recommandations s’appuyant sur des concepts et des théories qui ne sont pas actualisées pose question . Ecrire  il faut un cadre et de l’autre en proposer un qui s’appuie sur des concepts désuets et des textes publiés en 1998 c’est nous priver de 10 ans de recherches en sciences humaines et sociales .Par exemple il n’est fait référence à aucun concept ayant trait aux théories et recherches en soins infirmiers alors qu’on laisse entendre que cette éducation thérapeutique sera conduite par des infirmières et on sait dans la pratique ce sont les infirmières qui sont en charge des actions d’éducation . La théorisation du concept de soin  de J.Watson n’est pas présentée, on reste dans un modèle sous jacent du cure et rien n’est dit sur les nouvelles conceptions  du care, sur les facteurs caratifs. En éducation , les recommandations présentent en faisant référence à Igeen et Kleuter ( 1991) un modèle d’ingénierie de l’éducation qui à l’origine est un modèle de planification de promotion de la santé . Les conditions de transférabilité de ce modèle dans un univers où la promotion de la santé risque de se présenter  comme une proposition discordante face à un patient qui  se bat pendant des semaines et des mois pour survivre au choc , au poids et aux conséquences dévitalisantes et désocialisantes de l’émergence d’une maladie ne sont pas traitées. On a l’impression que l’éducation va tout résoudre  , il suffira de faire un diagnostic, élaborer un contrat , négocier des objectifs ,faire un plan d’apprentissage et évaluer les acquis .Le soignant va ainsi adopter tour  à tour la position de l’instructeur, de l’éducateur et de l’animateur de groupes et du formateur d’adultes en suivant une méthodologie planifiée avec comme résultat attendu un patient qui enfin atteint les objectifs thérapeutiques idéaux . Si les résultats thérapeutiques sont équivalents aux résultats scolaires de ceux qui pratiquent ce type d’approche rationnelle, il est temps alors de prendre la parole car dans dans les services de soin où nous travaillons nous-même , un échec dans la capacité du patient à pouvoir prendre soin de soi c’est une perte de chances thérapeutiques .ll est temps que tous les pédagogues intervenant dans les lieux de soin où il y a des thérapeutiques non pas au service d’une  santé retrouvée mais au  service de la prévention de l’aggravation d’un état de santé déjà altéré  au niveau médical proposent d’autres cheminements scientifiques, méthodologies et ontologiques aux soignants

Publicités