Un master en Education Thérapeutique à PARIS VI, récit d’une co-construction

Depuis plus d’un an , je travaille comme porteuse de projet dans le cadre de la fondation partenariale Pierre et Marie Curie ( Paris VI) avec une équipe à la création d’un  master en éducation thérapeutique  sachant  qu’il est pertinent au regard de la demande croissante  de proposer aux acteurs de santé une offre nationale construite, structurée mais aussi  variée en diplômes, en  cursus,  en courants pédagogiques, en  affiliations, et  en générations d’enseignants chercheurs. La diversité est une richesse, ce message hérité de mes séjours dans les universités californiennes m’aide encore à faire face à la fébrilité épistémologique qui règne  dans les universités françaises et leur cloisonnement disciplinaire causée par un manque structurel de métissage et une méconnaissance mutuelle qui finissent  par nourrir des attitudes de rejet, et d’enfermement mono-disciplinaire.

Avoir animé un master dans un département des sciences de l’éducation, en déployer un autre dans une faculté de médecine désirant diversifier ses formations en santé  m’ont  permis au cours de ces deux  dernières années de franchir encore des ponts et d’approcher d’encore plus près de nouveaux rivages trans-disciplinaires. Apprendre la culture, la langue de l’autre, faire se rencontrer des disciplines comme la médecine, l’éducation et les sciences humaines cliniques et sociales demande beaucoup de travail en termes de positionnement et bien sûr nécessite de la part de ceux qui veulent travailler ensemble un énorme temps d’apprentissage notamment pour ce qui concerne la recherche. Entre collègues chercheurs les uns formés aux modèles bio-médicaux, les autres aux modèles de recherche en sciences humaines nous avons dû d’abord tenter de comprendre le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe de disciplines que nous ne maîtrisions pas pour pouvoir déposer des projets de recherche ensemble. Que d’heures à lire et relire  nos écrits mutuels avec des dictionnaires, des manuels, des grands classiques, des petits mémentos afin d’avoir la joie de pouvoir répondre à une question méthodologique restée en suspens quelques jours auparavant…Le théoriquement fondé, le scientifiquement démontré, le cliniquement acquis, le sociologiquement admis, le psychologiquement déconstruit, le pédagogiquement nourri, le médicalement irréfutable, l’ éthiquement posé, le juridiquement institué ( liste non exhaustive) chaque approche a son répertoire de chant et de danse et j’ai trouvé passionnant de les mettre tout à tour en tension,  en résonance,  en complément …et bien sûr on peut faire  tourner les adjectifs dans la ronde de ces approches qui mobilisent notre regard sur l’éducation thérapeutique. L’approche de la construction d’une formation diplômante en commençant par se mettre ensemble  à l’épreuve d’une recherche commune m’ a permis d’anticiper les dispositifs pédagogiques à mettre en oeuvre pour aider les étudiants lorsqu’on leur demandera de passer d’une rive à une autre dans leur formation à la recherche en éducation thérapeutique. L’année 2010, est une année importante pour l’éducation thérapeutique et il faut absolument se maintenir en ouverture au moment où précisément les agence régionales de santé vont venir accréditer le travail de centaines d’acteurs de terrain qui depuis des années  avec peu d’ appui méthodologique et organisationnel tentent d’intégrer une dimension relationnelle et pédagogique dans le soin.
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