Lutter contre les mésusages de l’écoute (counseling)

C’est parce que l’autre me préexiste que je peux l’accueillir, il n’y a jamais quelqu’un que je vais voir dans sa chambre ou qui vient me voir dans mon bureau à l’hôpital , il y a quelqu’un que je rencontre et qui ne me doit rien puisqu’il me préexiste dans ma pensée , mes gestes et mes postures d’aidant . C’est cela qui définit la relation d’aide, je n’assiste personne, je n’observe les comportements de personne, je me laisse aller à la rencontre de quelqu’un qui me préexiste et qui donc a une antériorité sur moi . Quelle libération pour cette personne comme pour moi de partager ce moment de rencontre où de fait elle me précède et je la suis comme je peux en étant non pas à son service pas plus qu’elle n’est au mien ! Nous sommes ensemble au service de l’écoute qui nous lie et c’est  ce lien qui va nourrir une relation particulière dans laquelle on va partenariser comme on peut , la personne ne va pas se retrouver avec du pouvoir , moi non plus, on va se retrouver interagissant dans une co-présence que nous allons assumer ensemble comme on le pourra…De cela , l’écoute qui se travaille de morceaux de minutes en paragraphes de  minutes (  selon qu’on l’associe à de la musique ou à des mots) avec ses silences qui viennent tester l’acceptation mutuelle à la fois de la personne qui s’autorise à être silencieuse pour voir jusqu’où on entend son silence et aussi de l’aidant  qui devrait savoir à tout jamais qu’il ne saura jamais grand chose et qu’il serait présomptueux de faire semblant de savoir en se référant à des théories qui ne viendront que nourrir ses propres défenses à l’écoute . Pourtant qu’il peut  être douloureux d’écouter parfois les souffrances collatérales causées par la maladie mais si personne ne les écoute et si tout le monde s’en défend, avec quoi repartira la personne qui est venue tenter d’en parler à quelqu’un !

 On observe un mésusage de l’écoute qui maintenant se trouve enfermée dans des dispositifs de normalisation et  participe sans résister  à une tentative de contrôle social. On observe une tendance à utiliser l’écoute comme un dispositif ou pire on intègre l’écoute dans des dispositifs qui, si les écoutants n’y prennent garde sont des dispositifs de violence sociale causée à l’intimité d’autrui. Si celui qui écoute se pense comme étant celui qui donne, décide, et oriente ses oreilles comme il l’entend, il ne s’agit plus d’un écoutant car écouter c’est accepter de ne plus être tout à fait libre de ses oreilles, c’est les faire vibrer autrement, c’est devenir musicien amateur. Il y a dans l’écoute de la musique à entendre, comme la mélodie de l’autre, la sonorité des muscles qui se raidissent, le bruit des émotions qui grillent. Le fait de travailler avec des malades épuisés, âgés  m’a donné accès à la musique psychosomatique , au bruit du corps , à la respiration, des machines , au bruit du propre corps de l’aidant qui doit arrêter de s’essouffler à vouloir parler à tout prix à quelqu’un qui n’a pas encore récupéré son souffle somatique!