Education, médecine, sciences de l’éducation

Toutes les questions que je me pose régulièrement dans mes travaux universitaires  sont de fait rapportables à quelques questions  étant entendu qu’on ne se pose de question que là où on a la réponse .J’essaierai donc de montrer comment j’ai travaillé tout au long de ma carrière à travers les institutions à démontrer jusqu’à quel point on hérite d’une vision du monde qui légitime efficacement  la domination existante tout en tentant à mon humble niveau de voir comment on peut néanmoins tenter non pas de  se départir mais  de se délester de certaines parts d’un héritage qui nous a été  transmis avec un testament toujours à l’œuvre au niveau inconscient au sens où exister et perdurer c’est aussi faire avec les générations précédentes de vivants qui nous ont précédé et nous ont laissé un monde tel qu’ils l’avaient façonné jusqu’alors . Etant régulièrement exposée depuis l’âge de 30 ans aux aléas de la mort, il va de soi que cette proximité constante avec la finitude biologique me conduit aujourd’hui à pouvoir expliciter un peu plus la manière dont j’aimerais travailler à travers le prisme des sciences de l’éducation quelques matériaux solides et éprouvés qui tout en semblant venir d’un champ à priori étranger aux sciences de l’éducation le traversent de par en part au sens où le  désir de transmission , rode toujours dans des parages où il y a des morts , des ancêtres, des précédents, des hommages, des ruptures voire des cercueils sans compter le travail inconscient qui s’effectue sans relâche en nous et qui se manifeste comme une lutte contre un irreprésentable et un inacceptable que  constitue notre propre mort.

Si la médecine réduit parfois  la mort à un décès, l’éducation se libère d’emblée de la question du décès en intégrant dans les recettes de la  nourriture qui vient satisfaire notre désir de savoir de multiples condiments dont les plus épicés parfois ont un goût qui n’est pas sans rappeler le goût des hommages aux disparus. A la différence de la médecine, l’éducation peut choisir les morts dont elle désire parler, alors que la première est assignée au devoir rendre compte des décès dont on lui fait parfois payer le prix fort , la deuxième excepté peut-être depuis Auschwitz est très peu sommée par la société d’avoir à s’expliquer sur les morts qu’elles décident de ressusciter et ceux qu’elle décide d’enterrer une deuxième fois par le silence qu’elle tient à leur égard. En ce sens mon travail avec les vivants donnés pour morts et les tenus pour morts si on utilise à bon escient les grilles de morbidité sociale, m’aura permis pendant ces trente dernières années de trouver mon chemin ou plutôt de construire un chemin qui a fini par devenir le mien à travers le fait de regarder le corps de certaines théories éducatives comme un corps à la fois vivant et déjà mort.

Paris le 2 décembre 2010

Catherine Tourette-Turgis

catherine.tourette-turgis @upmc.fr

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