Acquis , non acquis, l’ ETP ce n’est pas cocher des grilles !

La période de l’évaluation des programmes en éducation thérapeutique est arrivée en même temps que les premiers lilas fleuris. Chacun est prié de s’agiter et de trouver une grille d’évaluation correspondant aux attentes … Mais à propos on parle des  attentes de qui ? Les patients ont –ils un examen de fin d’études à passer ? Doit-on les préparer à entrer dans le cycle supérieur ? Doit-on délivrer un quelconque certificat d’aptitudes ?

Si tel était le cas, on aurait bien entendu des référentiels de compétences à se mettre sous la dent ou les yeux qui iraient au delà des compétences d’auto soin ou d’adaptation psychosociales ….Mais là non il faut se débrouiller avec des recommandations officielles qui manient avec brio une certaine ingénierie ou plutôt une certaine vision d’ingénierie de la formation des adultes, celles qui essaient de rabattre les compétences du côté des savoirs faire et des procédures observables en segmentant les savoirs sachant que ceux qui comptent en dernier recours pour l’évaluation sont les savoirs enseignés ou enseignables au risque de 3000 torsions . pour ne prendre que l’exemple de améliorer sa confiance en soi, il fautau moins 100 torsions pour parvenir à l’intégrer dans un atelier d’éducation de 2 heures . Le problème est qu’avec une approche par délégation ou transfert  de compétences, il y a des savoirs de base, des savoirs essentiels, des savoirs de survie, des savoirs d’expérience qui passent à la trappe parce que ceux qui sont chargés de les transmettre ne les possèdent pas tout simplement ! En effet que penser d’un rendu de résultats d’actions d’éducation où à la fin de 5 ateliers, on remplirait des cases qui ressembleraient à  cela :

E, 43 ans, transplantée rénale, lupus, venant de faire un infarctus sait vivre avec une épée de damoclès au dessus de la tête. I. 40 ans ex-usager de drogue , infecté par le VIH ,à qui on vient d’apprendre son cancer se sent mieux car il peut enfin expliquer à ses voisines à Toulouse pourquoi il y a une ambulance qui vient le chercher tous les jours pour ses soins . R , 34 ans diabétique  s’est ennnuyée pendant la première séance d’éducation car sa voisine de groupe avait 73 ans et son voisin était un instituteur militant qui savait tout sur tout  . R voulait juste savoir quand c’était le mieux pour elle de  faire un enfant , si on allait changer son traitement et si elle pourrait continuer son métier d’avocate pendant la grossesse. Tous sont arrivés avec un diagnostic éducatif bien détaillé mais la rencontre entre eux a modifié la dynamique des ateliers prévus et pourtant tous ont acquis quelque chose qui ne se mesure pas ou qui ne répond pas ou ne se limite pas aux grilles acquis- non acquis- en cours d’acquisition –

R a appris qu’elle n’était pas seule, que le diabète des autres ce nétait pas le sien . Le fait d’entendre quelqu’un qui a la même chose qu’elle alors qu’elle ne peut pas en parler au travail sous peine de ne pas se voir proposer une place d’associée lui a permis de se libérer un peu du secret. E. savait déjà vivre avec une épée de damoclès au dessus de la tête et les ateliers d’éducation lui servent à mesurer et mettre en perpectives son savoir acquis . «   Entendre les autres dans les ateliers ne m’apprend rien sur la maladie mais beaucoup sur les diffétrentes manières de réagir à la maladie, donc je peux dire que je progresse oui et que je me renforce en me disant ; tiens cela tu devrais y penser »

I n’apprend pas grand chose non plus dans les ateliers mais c’est important pour lui de sortir du petit appartement qu’il est en train de perdre parce que sa femme n’a pas supporté une maladie de plus  . S à 73 ans apprend plein de choses sur le diabète et la cuisine comme elle dit et elle aime se sentir entourée de gens comme ce jeune instituteur qui pourrait peut-être lui apprendre à utiliser la nouvelle télécommande de la boite à TNT.

Ces patients ont tous en commun par rapport à l’éducation de désirer échapper ou s’émanciper de leur destin biologique programmé. Alors qu’on mette à côté de leurs noms des cases qui listent une série de compétences d’auto-soin et psychosociales cochées sous trois formes: « acquis, non acquis en cours d’acquisition » ne fait pas sens pour eux mais pour les évaluateurs agréés peut-être !

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