La validation académique des acquis de l’expérience

« L’Université des Patients » en posant les malades comme producteurs de savoirs, mais aussi comme des sujets exerçant un certain nombre d’activités au service de leur « maintien de soi en vie », montre en quoi la valorisation de ces activités nécessite la création de dispositifs visant à reconnaître à la fois les sujets qui les exercent mais tout autant les actions conduites.

L’Université des Patients se propose à la fois de prendre en compte les acquis de l’expérience de la maladie et de répondre aux besoins des malades en termes de formations diplômantes dans le champ de l’éducation et de la formation des adultes. D’une certaine manière avec la maladie, mais aussi avec les soins qui sont de plus en plus laissés à la discrétion du patient, tout malade fait l’expérience d’un nouvel univers de travail, celui qui consiste à réunir les meilleures conditions pour se maintenir en vie, retarder l’évolution de la maladie, éviter les complications et cela tout en continuant à vivre la vie qui est la sienne et qui ne se réduit pas à la maladie. 

La maladie produit des exclusions professionnelles mais aussi des inégalités au sens où elle empêche de fait, une partie de la population d’avoir accès à la formation continue et aux dispositifs d’éducation tout au long de la vie. Nous avons pu évaluer déjà à quel point l’ouverture des formations à des patients leur permet de retrouver un statut social, celui d’étudiant et donc une place dans la société qui finit par les priver de l’exercice de leur sentiment d’utilité sociale. Lorsque les étudiants-patients reçoivent leur carte d’étudiant, c’est toujours un moment d’émotion partagée et comme Françoise l’a exprimé deux mois après la rentrée universitaire : «  maintenant je peux prendre la parole dans un dîner et parler des livres que je lis, des chercheurs que je  rencontre à l’université, d’une conférence à laquelle j’ai assistée car tout le monde demande toujours : à propos qu’est-ce que tu fais ? ». Un autre étudiant nous a dit que son fils était très fier de dire à ses camarades de lycée que son père avait repris des études dans une grande université parisienne.

Le fonctionnement ordinaire de l’institution universitaire et des dispositifs de formation continue n’est pas adapté aux individus confrontés aux aléas de la chronicité de leurs états biologiques. En tant qu’unité de production de biens éducatifs, il nous semble important que l’université réussisse à ce que les malades puissent utiliser des formations diplômantes universitaires courtes et longues comme un levier de redéploiement personnel et professionnel. C’est ce que  plusieurs universitaires sont en train de faire et ce dans plusieurs universités du monde en même temps. Il s’agit pour nous, universitaires, d’adapter nos enseignements, nos cursus à un public qui à partir des apprentissages et de l’expérience acquises tout au long de la maladie, désire acquérir une formation universitaire dans le champ de l’éducation du patient à la fois comme champ de pratique et champ de recherche.

C’est sur cette demande sociale qui émerge dans plusieurs pays du monde à la fois, que des dispositifs pédagogiques comme les universités de patients, ont été créés et ne vont cesser de se multiplier. À ce jour, nous sommes en train de les recenser et il en existe déjà plus d’une dizaine qui, à court terme, vont pouvoir se fédérer à travers le monde, puisant ainsi dans les cultures et les pays qui les abritent, des idées et des concepts novateurs au niveau pédagogique et permettant à chacun d’entre nous de disposer d’une masse critique de collègues solidaires de ce type d’innovation éducative.

Publicités

2 réflexions sur “La validation académique des acquis de l’expérience

  1. Bravo pour votre engagement. savoirs « profanes » et savoirs « savants » peuvent se croiser dans la pratique quotidienne. responsable de la VAE à l’université de Poitiers, co-fondatrice d’une entreprise numérique pour l’aide au calcul des glucides, mére d’un enfant diabètique… trois raisons pour m’intéresser à votre travail. Et garder le cap, quels que soient les obstacles, culturels, juridiques.. merci

    J'aime

  2. Le travail ET est dur pour le patient comme pour le profesionnel de santé et votre texte fait partie de ce qui me donne envie de continuer. Merci.

    J'aime

Merci de donner votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s