L’e-learning ce n’est pas du diaporama sonore !

En fait j’ai envie de transformer mon blog en journal de bord, au sens où je m’aperçois que je tire mes réflexions théoriques de l’action et de ma vie quotidienne. C’est en agissant que l’on pense. Étant de plus en plus sur les terrains, là où les choses qui m’intéressent et qui sont l’objet de mon travail se passent, c’est en observant comment elles se passent que ma pensée se construit au contact des événements et des sujets qui vivent là où les choses se passent.

Je suis retournée travailler dans les chambres des malades pendant les vacances de Noël et j’ai été troublée par la vie intense qui s’y déroule. Je n’avais qu’une chose à faire a priori recueillir un récit de vie de deux personnes ayant une maladie auto-immune inflammatoire sévère, mais cette chose à faire est devenue un événement majeur pour moi. Quelque chose s’est passé de mon côté, j’ai pu aller loin, loin dans le travail partagé….la personne qui racontait son histoire s’est soudain arrêtée de parler et s’est exclamée : « stop j’attendais ce moment depuis longtemps, voilà je vis un moment authentique, personne ici n’attend un résultat de l’autre ou un jeu de figure, stop nous sommes tous les trois ensemble au même niveau »… J’ai senti effectivement un flux de communication interpersonnelle profonde et cette rencontre autour d’un récit se poursuit sous la forme de traces mémorielles fortes sans être gênantes, elles sont à leur place…

J’ai réfléchi ou plutôt c’est la vie qui me réfléchit en ce moment et du coup, je m’émancipe des carcans théoriques, je reprends le fil des choses sous un angle créatif. J’ai ressorti mes journaux de chercheur, mes cahiers personnels, et aussi le matériel vidéo pour tourner à nouveau. J’ai réinstallé mon studio de tournage et ma pensée commence à se transformer en image. J’opte dans ma journée pour des travellings, des champs rapprochés ou des contrechamps, du montage à la fois dans mes textes, mes idées et les théories. Je me mets à penser les options filmiques qui correspondraient le mieux à la compréhension de telle ou telle idée dans un produit multimédia d’e-learning. À quel moment l’apprenant doit-il bénéficier d’une pause, d’un espace de retrait pour pouvoir apprendre ? Comment réduire le sentiment de distance construit par le numérique ? C’est un domaine qui me passionne de plus en plus et c’est vrai que c’est différent de beaucoup de produits en e-learning qui sont de simples diaporamas sonores ! Je suis en train de travailler sur deux plateformes collaboratives en ligne dans le cadre d’un appui de formation construit par Comment Dire pour des patients-experts et pour des acteurs de santé. Il y en a une où les interactions portent sur les activités cadrées et une autre où les interactions portent aussi sur les activités hors cadre. En fait sur une plateforme numérique d’autres lignes et d’autres genres d’activités naissent spontanément comme dans la vraie vie. Il y a la scène de l’apprenance officielle avec son cortège de travaux collaboratifs et la scène d’arrière-plan qui en fait nourrit la motivation à l’apprenance. Ce dernier canal d’activité participe au maintien du désir de continuer à appartenir à la plateforme même s’il représente un pouvoir de distraction en proposant aux participants des situations d’aparté. Ce matin, j’ai préparé pour une des plateformes des ressources concrètes, des messages de prise en main de documents et une liste de tâches à réaliser que j’ai envoyé dans un mail collectif avant de les déposer sur la plateforme, de manière à renforcer le sentiment de présence en jouant sur le canal qui consiste à recevoir à domicile plutôt que de devoir se déplacer vers la plateforme. À suivre… donc voilà c’est tout pour mon journal de bord aujourd’hui.